LE PROCÈS DE MONTPELLIER
Hervé KEMPF
(Le Monde, 9 février 2001)

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José Bové comparaît devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour destruction de riz transgénique
Prévenus et partie civile veulent soulever la question de la légitimité de la recherche publique sur les OGM
Trois responsables de la Confédération paysanne, José Bové, René Riesel et Dominique Soullié, devaient comparaître, jeudi 8 février, devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Ils sont poursuivis pour la destruction, le 5 juin 1999, à Montpellier, de plants de riz transgénique étudiés par le Cirad. L'organisme de recherche public réclame 4 millions de francs aux prévenus et entend, lors de ce procès, défendre l'intérêt de ses missions.

MONTPELLIER de notre envoyé spécial

Quatre millions de francs! En plaçant à ce niveau le montant des dommages qu'il estime avoir subis lors de la destruction d'une expérience de recherche transgénique, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) fait du procès qui se tient jeudi 8 février, à Montpellier, un moment décisif de la bataille sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).
Au départ, le Cirad demandait 12 millions de francs mais, après discussion avec le juge des référés, l'institut a choisi de retenir un montant plus modeste. Les faits remontent au 5 juin 1999 : de nombreux membres de la Confédération paysanne participent, à l'occasion du passage en France d'un groupe d'une cinquantaine de paysans indiens et avec ceux-ci, à la destruction de plants de riz trangénique étudiés par le Cirad dans ses installations de Montpellier. Le Cirad se porte aussitôt partie civile. La gendarmerie interpelle le 22 juin José Bové, porte-parole national de la Confédération paysanne, René Riesel, secrétaire national, et Dominique Soullié, porte-parole dans l'Hérault. Ils sont jugés jeudi 8 février par le tribunal correctionnel de Montpellier. Le montant de quatre millions de francs de dommages et intérêts réclamé est volontairement placé bien au-dessus des dommages matériels réels, évaluables à environ 250 000 francs, dans le but de faire cesser, avec ce procès, les destructions d'expérimentations ou de cultures d'OGM.
Le Cirad entend ainsi défendre "la mission de la recherche publique et sa capacité à travailler sur les nouvelles technologies". La menace est lourde pour José Bové et René Riesel, qui ont déjà été condamnés à huit mois de prison avec sursis pour la participation, en janvier 1998, à la destruction de maïs OGM à Nérac (Lot-et-Garonne). José Bové reviendra par ailleurs devant le tribunal de Montpellier les 15 et 16 février, d'une part, pour avoir retenu des fonctionnaires du ministère de l'agriculture à Rodez, d'autre part, en appel du jugement rendu sur le démontage, le 12 août 1999, du restaurant McDonald's de Millau.

DES SCIENTIFIQUES DIVISÉS

Les prévenus ne se présentent cependant pas contrits, mais au contraire aussi désireux que le Cirad de soulever des questions de fond, pour, en somme, transformer l'audience en procès politique. Le débat majeur portera sur la légitimité de la recherche publique. Le Cirad veut défendre la nécessité de mener une recherche sur les OGM : "Comment vérifier les risques éventuels pour l'environnement des OGM si on ne peut les étudier?", s'interroge Jacques Meunier, directeur scientifique adjoint du Cirad. Pour MM. Bové et Riesel, la recherche publique se met au contraire au service des intérêts privés en promouvant les OGM. "Ni les consommateurs ni les paysans n'ont besoin des OGM, dit José Bové, la recherche n'a pas ici de sens ; ce n'est d'ailleurs pas de la recherche fondamentale, mais de la technoscience". Le débat devrait mettre en lumière la division de la communauté scientifique, les chercheurs n'étant pas tous du côté de l'organisme de recherche. Si le Cirad présente comme témoins Philippe Kourilsky, de l'Institut Pasteur, Jean-Claude Mounolou, de l'université Paris-XI, Guy Riba, de l'Institut national de recherche agronomique (INRA), Jean-Didier Vincent, du CNRS, les prévenus avancent des scientifiques de statut équivalent, Pierre-Henri Gouyon, de l'université Paris-Sud, Marcel Mazoyer, de l'Institut national d'agronomie, Jean-Pierre Berlan, de l'INRA, André Pichot, du CNRS, ou Michel Tibon-Cornillot, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Le procès pourrait ainsi conduire à la critique de la science, du moins quand elle s'affiche neutre et désintéressée. A travers les OGM, c'est la question de la légitimité de certaines recherches par rapport à l'intérêt collectif qui se trouverait ainsi posée.
L'audience devrait aussi illustrer la radicalisation de la lutte anti-OGM : René Riesel a quitté la Confédération paysanne au printemps 1999, la jugeant trop timorée et trop étatiste. Pour cet éleveur de brebis situationniste, les OGM ne sont pas seulement un problème en soi, "mais ils dévoilent le mécanisme de destruction de la paysannerie et de l'artificialisation du vivant". L'enjeu n'est pas seulement pour lui de "sortir des OGM, mais de la société qui les produit". Il n'est pas dit que José Bové soit en désaccord avec cette approche, mais le leader de la Confédération paysanne emploie des termes plus mesurés. Son "débordement" par René Riesel et le fait que des scientifiques et des intellectuels s'engagent à leurs côtés sont le signe que la critique des OGM dépasse le stade consumériste pour devenir le terrain d'une critique sociale plus ambitieuse.

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