Autour de l'héritage de Guy Debord

Tous les textes publiés dans
"INTERNATIONALE SITUATIONNISTE"
peuvent être librement reproduits, traduits ou adaptés
même sans indication d'origine

(Mention faite dans tous le numéros d'Internationale Situationniste)
Quitter la page - Leave the page

Alice déterre la hache de guerre

Le journal "Le Monde" publiait le 3 novembre 1996 une lettre d'Alice Debord, jusqu'alors connue sous le nom d'Alice Becker-Ho qui a été la dernière compagne de Debord (elle est indiquée comme co-auteur avec Debord du "Jeu de la Guerre")

Lettre de Alice Debord au Monde Dans cette lettre, la citoyenne Becker-Ho affirme: "C'est Debord qui doit hériter de Debord." Elle a sans doute voulu dire: "C'est Alice Debord qui doit hériter de Guy Debord" si l'on en juge par les mésaventures de Jean-François Martos, qui pourtant a eu le mérite de produire une histoire correcte de l'Internationale Situationniste, et la politique éditoriale lamentable d'Arthème Fayard vis-à-vis des oeuvres de Debord qui ressemble davantage à un "best of" de Luis Mariano qu'à autre chose.
Encore un petit effort, mère Debord et tu entreras dans la glorieuse cohorte des riches veuves "gardiennes du temple et des comptes en banque" où t'ont déjà précédé les veuves Hergé et Magritte et quelques autres. A quand la collection des mignonnettes avec les alcools préférés de Guy Debord?
En prémices à de cette "défense" de l'héritage, le livre de Martos, pourtant des plus honnêtes a été interdit à la vente.

Épilogue judiciaire: Le Monde, 18 décembre 1998 (extrait)

La 14ème chambre de la cour d'appel de Paris a demandé, mercredi 16 décembre, le retrait de la vente du livre Correspondance avec Guy Debord, édité à compte d'auteur (à l'enseigne du "Fin mot de l'histoire") par Jean-François Martos, destinataire des lettres du théoricien du situationnisme. Infirmant l'ordonnance en référé du 15 octobre, la cour d'appel condamne l'auteur à verser 20.000 francs de dommages et intérêts. Alice Debord, légataire universelle et seule ayant droit de Guy Debord, avait cédé en mai aux éditions Fayard le droit exclusif de "reproduire, publier et exploiter la correspondance de Guy Debord.


article du Monde

Commentaires d' après septembre 2000

La pauvre et lamentable publication du premier tome de la correspondance de Debord chez Fayard ne fait que confirmer les craintes que l' on pouvait avoir sur les qualités éditoriales du tandem Alice Becker-Ho, veuve Debord - Mosconi. Dommage pour ceux qui s' intéressent à Debord et son oeuvre. Dommage aussi pour Mosconi, écrivain agréable (*), ainsi que fan et fin connaisseur des Stones et des déserts du Sud-Ouest américain, dont la réputation n' a rien à gagner du titre ridicule de co-exécuteur testamentaire de l' oeuvre littéraire et cinématographique de Debord dont l'affuble la grotesque Savigneau du Monde (Voir critique de "L' origine de la fuite" dans le supplément "Le Monde des Livres" du Monde du 22 septembre 2000). Pour sa part, Martos a publié un compte-rendu de ses démêlés avec la ci-devant Becker-Ho et actuelle veuve Debord (Martos, Jean-François - Sur l'interdiction de ma "Correspondance avec Guy Debord". Le fin mot de l' histoire, BP 274, 75866 Paris Cedex 18, 1999. ISBN 2-903557047; ce livre reproduit en annexe la présente page de ce site): un fort honnête ouvrage.

(*) et même franchement hilarant quand il fait citer Debord par ses héros en pleine séance de galipettes et ajoute au Kama Sutra une variante inédite la "situationication". Jeunes para-situs encore pleins d' ardeur, tirez-en profit!

Vox clamans pas vraiment in deserto
Guy Debord ou la beauté du négatif (extrait)
Shigenobu Gonzalvez

"Lorsqu'il est dit dans ce communiqué à propos de l'héritage de Debord qu' " il n'y a rien à faire fructifier, ni réhabiliter, ni embellir, ni falsifier " ; alors que dans le même temps on ne veut retenir de l'histoire de l' IS que la présence de Debord (" Il n' y a pour finir que Debord, son art et son temps tels qu'il les a révélés "), on fait honteusement l'aveu de son projet et celui de la duplicité de son langage. Il y a bien une manoeuvre intellectuelle, et elle consiste à faire fructifier le " capital-image " de Guy Debord. On veut jouer sur le prestige du nom et instituer des droits sur un patronyme en passe de devenir un label."
Le livre de Shigenobu Gonzalvez a été initialement publié chez Mille et Une nuits racheté par Fayard, devenu entre-temps l' éditeur attitré de la veuve Debord ou plutôt de feu Guy Debord. Le livre de Shigenobu Gonzalvez, malgré quelques erreurs factuelles (*) était sans doute encore trop honnête pour la veuve et ses gardes du corps ... et Fayard refusa de le rééditer. Finalement, une réédition augmentée est parue chez Nautilus (France). Un extrait de l' avant-propos à cette réédition.

(*) Une des erreurs consistait à confondre les contributions de Debord à l' Encyclopédie des Nuisances avec un projet de rédaction d' un dictionnaire.

Anselm Jappe flagorne la veuve!

"Jean-François Martos, Correspondance avec Guy Debord, Le fin mot de l´Histoire, Paris, 1998, est une publication abusive de nombreuses lettres de Debord à Martos et à d´autres personnes écrites dans les années quatre-vingt, et de quelques documents. L´héritière de Debord en a obtenu le séquestre judiciaire."

Anselm Jappe, Guy Debord, Denoël, 2001, p. 252.

"C´est surtout avec la publication du premier volume de sa Correspondance qu´on dispose d´un témoignage inestimable sur la vie de Guy Debord et sur l´histoire interne de l´Internationale Situationniste."

Anselm Jappe, Guy Debord, Denoël, 2001, p. 11

Jappe ne s'est pas rendu compte que tout l' intérêt d' une correspondance est de connaître les textes des deux parties en cause. La correspondance de Debord sans les correspondants d' icelui c'est comme la cinéma sans les images ... mais il est vrai qu' avec Hurlements en faveur de Sade, Debord avait montré l' exemple. Son jugement est parfaitement ridicule concernant Debord qui a toujours (enfin presque, je peux comprendre qu' il ait eu difficile à résister sur la fin au souci de la douce Alice d' assurer ses arrières) prôné le refus du droit d' auteur et qui n' a pas hésité à publier certaines de ses correspondances avec leurs réponses. Cache toi, hegelo-marxiste tendance croûton!

Les curieuses moeurs de la mère Becker-Ho alias Alice Debord (I): femme Debord de la crise de nerfs
Chantage! Extrait d' un texte de Pierre ASSOULINE

L'autre affaire du même genre a éclaté également à la fin de l'année, mais dans une maison qui, par bien des aspects, est aux antipodes de Fata Morgana. Gallimard, qui abrite entre autres collections la prestigieuse "Série noire", y a publié Blocus solus de Bertrand Delcour [personnage suspect qui avait essayé, vainement, d' entrer en contact avec Debord - voir la correspondance entre Debord et Martos - FE], "un néo-polar où, lorsqu'on allume une bastos, c'est le canon qui fume". Cette histoire parodique plutôt bien ficelée, dédiée à la mémoire du regretté Jean-Patrick Manchette, est peut-être de nature à désarmer les critiques par son ton potache mais pas les flingueurs [Pierre Assouline est vraiment très, très indulgent ... - FE]. Elle n'aurait guère dépassé le cercle des aficionados si, entre les pages 40 et 46, on ne retrouvait l'ombre familière de "Guy Bordeux, l'auteur de la Société du spectral, le fondateur de l'Internationale simulationniste... quarante ans de démarches subversives toutes couronnées de succès... une légende vivante... un mythe...". Rien d'infamant. Juste une pointe d'irrévérence. Encore faut-il avoir de l'humour et ne pas se prendre trop au sérieux. Manifestement, ça n'a pas fait sourire Alice Debord, veuve de Guy Debord, auteur de La société du spectacle, fondateur de l'Internationale situationniste, un mythe... Or, il se trouve que depuis cinq ans son œuvre est rééditée par Gallimard. Que croyez-vous qu'il arrivât? Exactement. La veuve situ demanda à Antoine Gallimard la tête de Patrick Raynal, le patron de la Série noire. Ou, à défaut de son décollement en place de Grève, ses excuses publiques. Il n'en était pas question. M. Gallimard ayant dès lors endossé personnellement la responsabilité de cette affaire, bis repetita. Pas d'excuses? Alors rupture ou plutôt, comme dit Le Canard enchaîné pour rester dans le registre du spectacle, "Femme Debord de la crise de nerfs". Tant pis pour la Nrf, les Debord iront se faire éditer chez Fayard. Espérons que le grand homme y sera traité de la manière la plus "convenable" qui soit par les auteurs logés à la même enseigne. [voir l' amélioration des moeurs avec les mésaventures de Shigenobu Gonzalvez]

Les curieuses moeurs de la mère Becker-Ho alias Alice Debord (II): comment entrer et ... sortir de ses bonnes grâces!
Situation abnormal, excerpt from an article of Andrew Hussey, The Guardian, July 28, 2001

Debord's inner circle refused all contact with me. I was given phone numbers which no-one ever answered and promised meetings that never happened. I felt as if someone was playing a game with me whose rules I couldn't quite work out.
I was told that my sinister reputation in Situationist circles had been further darkened by my friendship with Ralph Rumney, British artist and founding member of the SI (he had been the first member expelled by Debord). For Alice Debord, Debord's second wife, Ralph was an unspeakable "manipulator" who was trying to claim his place in history by "falsifying" the true story of the SI. Michèle Bernstein, Debord's first wife (she later married Ralph) also believed this to be true. I could expect no help, I concluded, from either of these two keepers of the flame.
And then suddenly, in late 1999, everything changed. In August the TLS [Time Litterary Supplement - FE] published an article I had written about the poetry of Alice Becker-Ho (Alice Debord's maiden name). I described the poems as an intimate communication with the dead lover, Guy Debord, and was struck by their stark, simple, hard brilliance. Suddenly I found myself invited to meet Alice at her apartment in the Marais.
Her shy and gentle manner belied her reputation as a ferocious literary widow. In her apartment I was greeted by two male friends, "les amis" (or "the Situationist police" as Christophe Bourseiller, Debord's French biographer, described them to me). Over glasses of burgundy, we watched a television film of Philippe Sollers defending Debord as one of the great thinkers of the age.
This first meeting was followed up by dinner and a friendly correspondence. I was impressed by the style of the ex-Situationists, who lived like aristocrats, disdaining the mediocrity of the 20th century. I explained to Alice and "les amis" that, although I was not a hagiographer, I was an admirer of Guy Debord because he had lived out his contempt for "the civilisation of the image". Alice said "you must write this book for yourself. There are no taboo subjects."
And then everything changed again. In the summer of 2000 Ralph Rumney organised an exhibition in the South of France commemorating "Situationist exiles", the artists who had been purged from the SI in its earliest incarnation. Alice wrote to me to tell me that an article I had written defending these "exiles" was so bad that she was surprised it had not caused my computer to crash. All communication stopped. I was now an enemy, an "agent of the spectacle".
And then threats arrived. Or were they threats? Amongst them was a letter from Alice. She called the book "a tissue of lies" and said that "your stupidity equals your malice". She (and Michèle Bernstein) demanded that I withdraw all references to them in the text. She threatened lawyers and she cautioned that she had "friends who violently regret calumnies". "We will be waiting," she wrote.
Was this a joke, a warning or bullying playground bullshit? The Situationists, especially Debord, had always liked to pass themselves off as hard men. Debord and his friend Gérard Lebovici had also been masters of the art of the lettre d'injure (letter of insult). In the late 70s, the pair had delighted in sending letters of vicious and hilarious spite to their enemies. When Lebovici was assassinated in 1984, and Debord implicated in the murder by the French press, although there was never any evidence of this, the laughter rang hollow.
Friends in Paris told me about the way in which Alice ruthlessly suppressed any literature she considered "anti-Situationist". Books had been withdrawn and pulped, editors intimidated, they claimed.
The chief accusation against me as I have been writing this book, made by his intimates and "pro-Situationist" fundamentalists, is that this biography can only be a "museum of Situationist ideas".

Les curieuses moeurs de la mère Becker-Ho alias Alice Debord (III): Alice au pays de la censure!
Guy Debord ou la beauté du négatif, (Extrait de l'avant-propos)
Shigenobu Gonzalvez,
édition revue et augmentée, Nautilus (*), Paris 2002, 2-84603-015-4

"Guy Debord ou la beauté du négatif" est paru en en avril 1998 chez Mille et une nuits [racheté par Fayard, l' éditeur "officiel" des oeuvres de Debord, en 1999]
Le tirage de 10000 exemplaires s' étant trouvé assez vite épuisé, j' insistai pour que l' on procède, fort logiquement, à une réimpression.[Pour que Fayard réédite "Guy Debord ou la beauté du négatif"]...Il fallait accepter, condition sine qua non à cette réimpression, que le texte soit soumis à une relecture de la veuve de Guy Debord qui nettoierait la "trentaine de pages du livre" de ses "contre-vérités".
Sachant pertinemment ce qui avait fort déplu à cette "veuve abusive" (le chapitre "Le vrai sens de l'héritage"), et refusant à l'avance de soustraire les quelques lignes comportant des vérités que j' avais été seul à exposer, je rejetai le principe de cette censure, autant que celui de cette provocation. Quant aux possibles erreurs factuelles dont on me fait grief, je dois rappeler que le livre a été montré aux ayants droit de Guy Debord pour une éventuelle publication aux éditions Fayard. C' est à ce moment là, lorsqu'ils avaient le texte entre les mains, près d' un an avant la parution chez Mille et une Nuits, qu'il fallait m' indiquer ces erreurs.

(*) 5, rue Saint-Sébastien, 75011 Paris, nautilus@wanadoo.fr_nospam

Haut de la page - Top of the page - Quitter la page - Leave the page

Retour à la page précédente - Return to the preceding page.
Panégyrique (1989-1994) et publications posthumes. 000xx,