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Cette lettre a apparemment été écrite en réponse à une demande de texte introductif d'un catalogue pour une exposition de l'artiste francais Stéphane Magnin. Il faut souligner que Stéphane Magnin n'est pas l'auteur de cette demande mais qu'elle émane d'un certain Joseph Mouton qui s'est manifestement donné les verges pour se faire battre, ayant déjà été étrillé par Debord dans "Cette mauvaise réputation ..." (Gallimard, 1993). Il y a néanmoins un hic de taille que m'a fait remarquer un lecteur attentif. La date et le lieu d'origine de la lettre: Paris, le 1 décembre 1994, alors que Debord s'est suicidé le 30 novembre 1994 à Champot dans la Loire. Vu la date de cette lettre et son ton bassement méchant, on peut conclure qu'il s'agit d' un détournement revanchard et publicitaire. Pour un autre exemple de détournement plus plaisant, voir dans la biographie de Debord par Bourseiller la lettre à Josyane Duvigneau du journal Le Monde à propos de la debordolâtrie soudaine de Philippe Sollers .
Je ne mets pas en doute la bonne volonté de votre Monsieur Magnin. On m'assure d'ailleurs qu'il a suivi vos cours. Si j'étais en peine de trouver des chic types, en tout cas, je ne m'embarrasserais pas de vos avis de maquignon. Essayez-vous sans rire de me recommander des gens ? Peut-être que vous confondez les relations publiques avec les conspirations. Halte-là ! comme dirait Panurge. Magnin aurait été pro-situ à l'époque. Or de deux choses l'une : ou bien son admiration historique le rend seulement plus insignifiant que les canailles qu'il imite, ou bien son manque de culture en fait un esthète inconséquent. Un expert comme vous n'aura pas manqué de sentir dans cette équivoque le ressort d'une belle carrière aujourd'hui. Tous les deux vous vous êtes grossièrement mépris sur la mienne. On sait de moins en moins qui est qui. N'est-ce pas !
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Da Guy Debord Parigi, giovedì primo dicembre 1994Non metto in dubbio la buona volontà del vostro signor Magnin. Mi assicurano d'altronde che egli ha seguito i vostri corsi. In ogni caso, se fossi in difficoltà per trovare persone eleganti, non mi affiderei al vostro parere di sensale disonesto. Cercate forse sul serio di raccomandarmi della gente? Forse confondete le relazioni pubbliche con le cospirazioni? Altolà! come direbbe Panurge. Magnin sarebbe stato perfetto a quell'epoca. Bene, delle due l'una: o la sua ammirazione storica lo rende solo più insignificante delle canaglie che imita, oppure la sua mancanza di cultura ne fa un esteta sconsiderato. Un esperto come lei avrà certamente avvertito in questo equivoco la molla di quella che è oggi una bella carriera. Tutti e due vi siete grossolanamente sbagliati sulla mia. Si sa sempre meno chi è chi. Non le pare?
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Guy Debord Paris, 1st December 1994I do not doubt the good will of your Mr Magnin, I have, after all, been assured that he has attended your courses. Even if I were having difficulty finding chic types, I would not, in any case, trust the advice of a dishonest horse trader. Are you seriously attempting to recommend people to me? Don't you think you may have confused public relations with conspiracy? "Stop right there"! as Panurge said. Magnin would have been in his element in those days. Well now, there are two possibilities: either his historical admiration makes him merely more insignificant than the scoundrels he imitates, or else his lack of culture has turned him into a thoughtless aesthete. As an expert you will have surely perceived in this equivocation the spring board for what today is a good career. Both of you have been grossly mistaken about mine. It is becoming more and more difficult to know who is who. Wouldn't you say?
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Joseph Mouton vu par Guy Debord (Cette mauvaise réputation ... , Gallimard, 1993)En décembre 1988, dans la revue Art Press, un M. Joseph Mouton publie des Commentaires sur les commentaires de Guy Debord. Je ne sais quelle confiance méritent les informations d' Art Press mais si on les croit, M. Mouton enseignerait l'esthétique à l' Ecole d'Art de Nice. Il donnerait ainsi une preuve de son existence et de la vérité de son patronyme; car sinon, on aurait pu croire qu'il avait lui-même choisi pour le coup un humoristique pseudonyme. Ce fonctionnaire semble en effet avoir été appelé cette année-là comme consultant pour choisir les meilleures façons de contredire mon inquiètante critique, et ses points de départ atypiques. Voilà - et chacun de ses mots mérite d'être pesé - ce qu'en pense d'entrée de jeu l'esthète:
"Il est difficile d'écrire sur Guy Debord. On peut certes tourner la difficulté en écrivant sur lui sans l'avoir lu (c'est à vrai dire le moyen le plus sûr); on peut aussi le décrèter fou et barrer tout son livre d'un trait de plume psychiatrique (c'est là la médecine la plus expéditive); on peut encore le renvoyer à cette période noire qui précéda le consensus et l'oublier avec elle en l'accusant d'archaïsme (c'est l'esquive la plus moderne); on peut enfin convaincu par l'auteur que son livre traite de "questions graves", se laisser aller à en discuter le contenu, mais alors on risque d'écrire d'après lui et non plus sur lui (et c'est là, bien sûr, le danger)"
On ne peut contester à M. Mouton une grande lucidité, une bonne connaissance du sujet, une vraie maîtrise de son métier. Je crois qu'il a vu et a dit l'essentiel, dans l'ordre de préférence qui doit être effectivement choisi. ...
M. Mouton a eu le tort, dans la suite de son étude, de se laisser aller à certaines de ces imprudences, que pourtant le rapport Mouton lui-même avait très clairement condamnées: il entre dans dans de trop dangereux détails sur ma pensée et ce qu'il en pense lui-même. Et il est patent qu'il se rallie d'abord à l'explication principale par la paranoïa, alors qu'il avait avoué en commençant son peu de goût pour un tel choix. Il est vrai que c'est au prix d'une importante révision du concept même de paranoïa. [...] la paranoïa n'est plus ce qu'elle était avant M. Mouton. C'était une attitude mentale qui justifiait par des rationalisations une erreur qui éloignait visiblement de la compréhension réelle du monde. La paranoïa des temps moutoniens est inverse: elle paraît tomber plus près d'une compréhension exacte que la déficiente explication officielle du monde actuel, qui n'est autre que l'explication spectaculaire. J'en ai vu partout la faiblesse, et M. Mouton la déplore aussi. C'est cet incontestable et paranoïde malheur du monde réel ainsi changé qui est venu apporter à l'intelligence paranoïaque une si si grandiose et inattendue mutation brusque. Il suffisait de le savoir. ...
Je pense que M. Mouton n'aime pas la liberté.
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