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Le silence de Debord et de l'I. S. à mon égard, comme à l'égard de la Vieille Taupe, me confirmait à la fois que l'I. S. ne s'en prenait pas à quelqu'un sans raison pour se cacher à elle-même ses propres problèmes, et que l'I. S. n'avait pas de raison de s'en prendre à moi. Je n'ai d'ailleurs jamais craint les reproches de l'I. S. ou de Debord. Justifiés, j'en aurais tenu compte. Injustifiés, ils auraient révélé où se trouvait l'angle mort de Debord, son point aveugle. La clôture de sa représentation. Ce qui aurait contribué au dépassement, par soi-même ou par d'autres. Je ne méconnaissais pas le risque, évidemment majeur et humainement probable, qu'une attaque justifiée à mon égard, ne soit considérée par moi comme "injustifiée". Et que mes réactions ne me conduisent de ce fait à rejoindre la foule de mes prédécesseurs sur la voie inexorable des poubelles de l'histoire. Mais l'interrogation est devenue académique. L'Internationale Situationniste est dissoute. Debord est mort. Je ne vois pas d'où pourrait provenir une voix autorisée. Et il n'existe aucune critique publique de Debord à l'égard de la Vieille Taupe...!
Jusqu'en 1979, ce silence, les ennemis de la Vieille Taupe pourraient être tentés de se l'expliquer comme étant l'effet d'une mansuétude à l'égard d'une quantité négligeable, compte tenu du rapport des forces respectives à partir de septembre 1967. Ou même comme une manifestation d'indifférence, sinon de mépris. C'est tout à fait possible. Il est vrai que la Vieille Taupe ne faisait d'ombre à personne. Mais le silence de Debord depuis 1979 (éclatement public de l'affaire Faurisson), c'est-à-dire pendant seize ans, est beaucoup plus difficilement explicable. Je ne me le suis d'ailleurs pas expliqué. Et je n'en ai découvert l'explication nulle part. Car le silence improbable de Debord ne porte pas seulement sur la Vieille Taupe, mais également sur toute l'affaire dont la présence négative a dominé les médiats et l'ensemble de la société de toute la fin de ce siècle. Il porte enfin sur l'événement dont on nous dit qu'il a dominé l'histoire de ce siècle: Auschwitz et les chambres à gaz, au point d'être l'événement fondateur de la société "post-moderne" dans laquelle nous vivons.
L'explication de ce silence ne peut résulter d'une impossible ignorance. Plus précisément Debord avait dans son entourage immédiat plusieurs révisionnistes plus ou moins conséquents. Au surplus, quand l'affaire Faurisson a éclaté, indépendamment de la Vieille Taupe, dans les médias, excipant de notre ancienne rencontre à l'origine des éditions Champ Libre, je suis allé rencontrer Lebovici dans son immense bureau de la rue Marbeuf, pour lui proposer de rééditer "Le Mensonge d'Ulysse" du déporté résistant antifasciste Paul Rassinier. Il connaissait l'ouvrage
qu'il croyait controuvé et dépassé mais il ne l'avait pas lu, et il avait ajouté foi à certaines calomnies qui avaient couru sur Rassinier. Mais il avait été sensible à mes explications. J'espérais à l'époque, par cette publication chez Champ Libre, introduire un peu de réflexion et de sagesse dans un débat devenu inéluctable. Lors de notre entretien, était assis à côté de son luxueux bureau, un personnage à cheveux blancs, devant lequel il m'avait invité à parler sans crainte et que je n'ai identifié que beaucoup plus tard, en voyant apparaître
son image dans un quelconque médiat. Il s'agissait de Jorge Semprun, qui n'a pas
dit un mot pendant toute notre conversation. J'ai laissé à Lebovici une copie du "Mensonge d'Ulysse" et quelques documents, qu'il a lus.
J'ai appris plus tard que le grand bourgeois stalinien espagnol avait utilisé tous les
moyens en son pouvoir et d'abord le mensonge, pour dissuader Lebovici de réaliser cette édition qu'il avait effectivement envisagée. Trois ans plus tard,
sortait chez Grasset, de Jorge Semprun, "Quel beau dimanche!" dans lequel
le grand bourgeois stalinien révélait pour le grand public, "ad usum
Delphini", en l'édulcorant, en minimisant, et en falsifiant l'interprétation,
ce qu'avait révélé Rassinier sur la vie interne des camps et le rôle des staliniens, et qui ne pourrait plus longtemps rester complètement ignoré. Ce livre a donné lieu à une lettre de la Vieille Taupe à je ne sais plus quel journal littéraire dirigé par Maurice Nadeau, qui avait rendu compte du livre.
Cette lettre, enfouie dans les archives de la Vieille Taupe, nul doute que la Vieille taupe ne finisse par remettre la main dessus, lorsque les temps seront venus. Entre temps, Lebovici m'avait fait savoir qu'il ne lui était pas possible d'envisager la publication du "Mensonge d'Ulysse" aux éditions Champ Libre. Je l'ai donc réédité moi-même, en recréant La Vieille Taupe, sous la forme d'une maison d'édition, dans des conditions bien pires que celles qui avaient présidé à la création de la première librairie. Edité dans de telles conditions, "Le Mensonge d'Ulysse" ne risquait plus d'atteindre le grand public, mais son "ersatz" médiatique était lancé, et la carrière littéraire de déporté spectaculaire-marchand de l'ex-stalinien commençait. Jusqu'en 1985, je n'ai pas exclu l'idée que Debord puisse attendre son heure. De toutes les personnes d'avec lesquelles la vie m'a séparé, Debord est absolument la seule dont il me soit parfois arrivé de regretter l'avis et les conseils, même et surtout lorsque je pouvais les craindre hostiles. C'est ainsi. Je n'ai jamais douté qu'il était valablement informé, ni supposé qu'il puisse être devenu incapable de décrypter dialectiquement les "informations" médiatiques concernant cette affaire. Je me suis donc abstenu de toute initiative visant à lui faire parvenir plus directement une information véridique, ou à solliciter une intervention.
Lorsque sont parus les "Commentaires sur la société du spectacle", aux éditions Gérard Lebovici, je n'ai pas douté une seule seconde que "les temps étaient venus"... et que Debord avait exactement l'intelligence de la situation, y compris de la nécessité de dissimuler "provisoirement" sa pensée, ce qu'il indiquait d'ailleurs explicitement au début du texte. C'est donc tout naturellement que j'ai publié des extraits bien choisis de ce texte dans le numéro 5 des "Annales d'histoire révisionniste", numéro particulièrement dense et explicitement implicite. Je ne doutais pas un instant que ces "Commentaires" dussent être suivis, dans l'esprit même de Debord, d'une élucidation progressive, hors de laquelle le texte resterait dénué de son sens. La publication de ces extraits-là dans ce numéro-là des "Annales" me semblait contribuer à cette élucidation en direction de ceux qui étaient le plus susceptibles de la comprendre et je ne doutais pas que Debord lui-même ne livre un jour prochain, les clefs du royaume. Cette publication me semblait appeler dans tous les cas, soit une approbation, qui pouvait être raisonnablement progressive et pouvait s'accommoder provisoirement d'un silence complice, soit un démenti brutal..., qui n'est pas venu! Non plus qu'aucun autre commentaire. Mais de toute façon, le contenu en lui-même des extraits publiés par mes soins ne me paraît toujours pas pouvoir s'expliquer en dehors de l'hypothèse d'une référence implicite à l'"affaire". Mieux. Le monde totalitaire qui est décrit dans ces extraits, en dehors de l'exemplification concrète par les linéaments de l'affaire "vécue du côté des révisionnistes", relèverait d'une exagération paranoiaque. Tout au contraire.
Il n'est pas une des propositions les plus extrêmes de Debord qui ne puissent être illustrées tout à fait concrètement par les révisionnistes, et uniquement par des révisionnistes, à partir du sort qui leur est fait. Et il n'est guère de ces propositions qui, en dehors du sort effectivement réservé au révisionnisme, n'apparaisse exagérée ou trop systématique. Il ne m'est pourtant parvenu, de la part de Debord, aucune confirmation de cette hypothèse, sinon un silence de plus en plus assourdissant au fur et à mesure que passait le temps. Silence que même l'additif antirévisionniste à la loi sur la presse, dit loi Fabius-Gayssot, publié au J.O. du 14 juillet 1990 et promulgué par Rocard, n'a pas interrompu. Tout au contraire, au lieu du signe de la confirmation de cette "hypothèse" que j'attendais, me sont parvenus bien plus tard, par l'intermédiaire de révisionnistes qui gravitaient dans l'entourage immédiat de Debord, les échos d'une indiscutable hostilité à mon égard, sans qu'aucun motif ne m'ait été rapporté, en dehors de l'expression catégorique de cette hostilité.
Dans ces circonstances, je ne peux que me perdre en conjectures sur l'interprétation qui doit être faite des passages des "Commentaires sur la société du spectacle"que j'avais publiés dans ce fameux n . 5 des "Annales d'histoire révisionniste" (le petit livre rouge), et que je republie ici pour permettre au lecteur d'en juger. Ces passages figuraient dans la rubrique: "Chroniques du temps présent", sous le titre:
"Extraits choisis". Nous invitons le lecteur, afin de pouvoir juger du contexte,
à se reporter au petit livre rouge lui-même, dans lequel rien n'avait été laissé au hasard.
Guy Debord (extraits
choisis)
Commentaires sur la société du spectacle
Editions Gérard Lebovici,
Paris - 1988
Le seul fait d'être désormais sans réplique a donné au faux une qualité toute nouvelle. C'est du même coup le vrai qui a cessé d'exister presque partout, ou dans le meilleur des cas s'est vu réduit à l'état d'une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. Le faux sans réplique a achevé de faire disparaître l'opinion publique, qui d'abord s'était trouvée incapable de se faire entendre; puis, très vite par la suite, de seulement se former. Cela entraîne évide ment d'importantes conséquences dans la politique, les sciences appliquées, la justice, la connaissance artistique. (p. 22)
La première intention de la domination spectaculaire était de faire disparaître la connaissance historique en général; et d'abord presque toutes les informations et tous les commentaires raisonnables sur le plus récent passé. Une si flagrante évidence n'a pas besoin d'être expliquée. Le spectacle organise avec maîtrise l'ignorance de ce qui advient et, tout de suite après, l'oubli de ce qui a pu quand même en être connu. Le plus important est le plus caché. (p. 23)
Un pouvoir absolu supprime d'autant plus radicalement l'histoire qu'il a pour ce faire des intérêts ou des obligations plus impérieux, et surtout selon qu'il a trouvé de plus ou moins grandes facilités pratiques d'exécution. Ts'in Che Hoang Ti a fait brûler les livres, mais il n'a pas réussi à les faire disparaître tous. Staline avait poussé plus loin la réalisation d'un tel projet dans notre siècle mais, malgré les complicités de toutes sortes qu'il a pu trouver hors des frontières de son empire, il restait une vaste zone du monde inaccessible à sa police, où l'on riait de ses impostures. Le spectaculaire intégré a fait mieux, avec de très nouveaux procédés, et en opérant cette fois mondialement. L'ineptie qui se
fait respecter partout, il n'est plus permis d'en rire; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu'on en rit.
Le domaine de l'histoire était le mémorable, la totalité des événements dont les conséquences se manifesteraient longtemps. C'était inséparablement la connaissance qui devrait durer, et aiderait à comprendre, au moins partiellement, ce qu'il adviendrait de nouveau: "une acquisition pour toujours", dit Thucydide. Par là l'histoire était la mesure d'une nouveauté véritable; et qui vend la nouveauté a tout ntérêt à faire disparaître le moyen de la mesurer. Quand l'important se fait socialement reconnaître comme ce qui est instantané, et va l'être encore l'instant d'après, autre et même, et que remplacera toujours une autre importance instantanée, on peut aussi bien dire que le moyen employé garantit une sorte d'éternité de cette non-importance, qui parle si haut.
Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise "hors-la-loi" de l'histoire, d'avoir déjà condamné toute l'histoire récente à passer à la clandestinité, et d'avoir réussi à faire oublier très généralement l'esprit historique dans la société, c'est d'abord de couvrir sa propre histoire: le mouvement même de sa récente conquête du monde. Son pouvoir apparaît éjà familier, comme s'il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu'ils viennent d'arriver.
Avec la destruction de l'histoire, c'est l'événement contemporain lui-même qui s'éloigne aussitôt dans une distance fabuleuse, parmi ses récits invérifiables, ses statistiques incontrôlables, ses explications invraisemblables et ses raisonnements intenables. A toutes les sottises qui sont avancées spectaculairement, il n'y a jamais que des médiatiques qui pourraient répondre, par quelques respectueuses rectifications ou remontrances, et encore en sont-ils avares car, outre leur extrême ignorance, leur quot;solidarité, de métier et de coeur", avec l'autorité générale du spectacle, et avec la société qu'il exprime, leur fait un devoir, et aussi un plaisir, de ne jamais s'écarter de cette autorité, dont la majesté ne doit jamais être lésée. Il ne faut pas oublier que tout médiatique, et par salaire et par autres récompenses ou soultes, a toujours un maître, parfois plusieurs; et que tout médiatique se sait remplaçable.
Tous les experts sont médiatiques-étatiques, et ne sont reconnus experts que par là. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d'indépendance a été à peu près réduite à rien par les conditions d'organisation de la société présente. L'expert qui sert le mieux, c'est, bien sûr, l'expert qui ment. Ceux qui ont besoin de l'expert, ce sont, pour des motifs différents, le falsificateur et l'ignorant. Là où l'individu n'y reconnaît plus rien par lui-même, il sera formellement rassuré par l'expert. Il était auparavant normal qu'il y ait des experts de l'art des Etrusques; et ils étaient toujours compétents, car l'art étrusque n'est pas sur le marché. Mais, par exemple, une époque qui trouve rentable de falsifier chimiquement nombre de vins célèbres ne pourra les vendre que si elle a formé des experts en vins qui entraîneront les caves à aimer leurs nouveaux parfums, plus reconnaissables. (p.24 à 26)
Un aspect de la disparition de toute connaissance historique objective se manifeste à propos de n'importe quelle réputation personnelle, qui est devenue malléable et rectifiable à volonté par ceux qui contrôlent toute l'information, celle que l'on recueille et aussi celle, bien différente, que l'on diffuse; ils ont donc toute licence pour falsifier. Car une évidence historique dont on ne veut rien savoir dans le
spectacle n'est plus une évidence. Là où personne n'a plus que la renommée qui lui a été attribuée comme une faveur par la bienveillance d'une Cour spectaculaire, la disgrâce peut suivre instantanément. Une riété anti-spectaculaire est devenue quelque chose d'extrêmement rare. Je suis moi-même l'un des derniers vivants a en posséder une; à n'en avoir jamais eu d'autre. Mais c'est aussi devenu extraordinairement suspect. La société s'est officiellement proclamée spectaculaire. Être connu en dehors des relations spectaculaires, cela équivaut déjà à être connu comme ennemi de la société.
Il est permis de changer du tout au tout le passé de quelqu'un, de le modifier radicalement, de le recréer dans le style des procès de Moscou; et sans qu'il soit même nécessaire de recourir aux lourdeurs d'un procès. On peut tuer à moindres frais. Les faux témoins, peut-être maladroits -- mais quelle capacité de sentir cette maladresse pourrait-elle rester aux spectateurs qui seront témoins des exploits de ces faux témoins? -- et les faux documents, toujours excellents, ne peuvent manquer à ceux qui gouvernent le spectaculaire intégré, ou à leurs amis. Il n'est donc plus possible de croire, sur personne, rien de ce qui n'a pas été connu par soi-même, et directement. Mais, en fait, on n'a même plus très souvent besoin d'accuser faussement quelqu'un. Dès lors que l'on détient le mécanisme commandant la seule vérification sociale qui se fait pleinement et universellement reconnaître, on dit ce qu'on veut. Le mouvement de la démonstration spectaculaire se prouve simplement en marchant en rond: en revenant, en se répétant, en continuant d'affirmer sur l'unique terrain où réside désormais ce qui peut s'affirmer publiquement, et se faire croire, puisque c'est de cela seulement que tout le monde sera témoin. L'autorité spectaculaire peut également nier n'importe quoi, une fois, trois fois, et dire qu'elle n'en parlera plus, et parler d'autre chose; sachant bien qu'elle ne risque plus aucune autre riposte sur son propre terrain, ni sur un autre. Car il n'existe plus d'agora, de communauté générale; ni même de communautés res treintes à des corps intermédiaires ou à des institutions autonomes, à des salons ou des cafés, aux travail leurs d'une seule entreprise; nulle place où le débat sur les vérités qui concernent ceux qui sont là puisse s'affranchir durablement de l'écrasante présence du discours médiatique, et des différentes forces organisées pour le relayer. Il n'existe plus maintenant de jugement, garanti relativement indépendant, de ceux qui constituaient le monde savant; de ceux par exemple qui, autrefois, plaçaient leur fierté dans une capacité de
vérification, permettant d'approcher ce qu'on appelait l'histoire impartiale des faits, de croire au moins qu'elle méritait d'être connue. Il n'y a même plus de vérité bibliographique incontestable, et les résumés informatisés des fichiers des bibliothèques natio nales pourront en supprimer d'autant mieux les traces. On s'égarerait en pensant à ce que furent naguère des magistrats, des médecins, des historiens, et aux obligations impératives qu'ils se reconnaissaient, souvent, dans les limites de leurs compétences: les hommes ressemblent plus à leur temps qu'à leur père.
Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n'existe pas. Car il parle alors de quelque chose d'autre, et c'est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. Les conséquences pratiques, on le voit, en sont immenses.
On croyait savoir que l'histoire était apparue, en Grèce, avec la démocratie. On peut vérifier qu'elle disparaît du monde avec elle. (p.27 à 29)
La société qui s'annonce démocratique, quand elle est parvenue au stade du spectaculaire intégré, semble être admise partout comme étant la réalisation d'une "perfection fragile". De sorte qu'elle ne doit plus être exposée à des attaques, puisqu'elle est fragile; et du reste n'est plus attaquable, puisque parfaite comme jamais société ne fut. (p. 30)
Partout où règne le spectacle, les seules forces organisées sont celles qui veulent le spectacle. Aucune ne peut donc plus être ennemie de ce qui existe, ni transgresser l'omertà qui concerne tout. On en a fini avec cette inquiétante conception, qui avait dominé durant plus de deux cents ans, selon laquelle une société pouvait être critiquable et transformable, réformée ou révolutionnée. Et cela n'a pas été obtenu par l'apparition d'arguments nouveaux, mais tout simplement parce que les arguments sont devenus inutiles. A ce résultat, on mesurera, plutôt que le bonheur général, la force redoutable des réseaux de la tyrannie
Jamais censure n'a été plus parfaite.
Jamais l'opinion de ceux à qui l'on fait croire encore, dans quelques pays, qu'ils sont restés des citoyens libres, n'a été moins autorisée à se faire connaître, chaque fois qu'il s'agit d'un choix qui affectera leur vie réelle.
Jamais il n'a été permis de leur mentir avec une si parfaite absence de conséquence. Le spectateur est seulement censé ignorer tout, ne mériter rien.
Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n'agira jamais: et tel doit bien être le spectateur. (p. 31)
Sur le plan des moyens de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient clairement au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse; et la logique ne s'était socialement formée que dans le dialogue. Mais aussi, quand s'est répandu le respect de ce qui parle dans le spectacle, qui est censé être important, riche, prestigieux, qui est l'autorité même, la tendance se répand aussi parmi les spectateurs de vouloir être aussi illogiques que le spectacle, pour afficher un reflet individuel de cette autorité. Enfin, la logique n'est pas facile, et personne n'a souhaité la leur enseigner. Aucun drogué n'étudie la logique; parce qu'il n'en a plus besoin, et parce qu'il n'en a plus la possibilité. Cette paresse du spectateur est aussi celle de n'importe quel cadre intellectuel, du spécialiste vite formé, qui essaiera dans tous les cas de cacher les étroites limites de ses connaissances par la répétition dogmatique de quelque argument d'autorité illogique. (p. 38-39)
En janvier 1988, la Mafia colombienne de la drogue publiait un communiqué destiné à rectifier l'opinion du public sur sa prétendue existence. La plus grande exigence d'une Mafia, où qu'elle puisse être constituée, est naturellement d'établir qu'elle n'existe pas, ou qu'elle a été victime de calomnies peu scientifiques; et c'est son premier point de ressemblance avec le capitalisme.
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La publication de ces extraits dans les "Annales d'histoire révisionniste" n'a donné lieu, je le répéte, à aucun commentaire de la part de Debord!
Le dernier extrait, page 72 de l'original, est particulièrement intéressant...Un journal financier s'appelait, et s'appelle toujours, "Le Capital". Le capitalisme n'a "jamais" dénié son existence propre. Tout au contraire, dès qu'il prend conscience de lui-même à travers les oeuvres de Smith et de Ricardo, loin de nier son existence, le capital se proclame naturel et éternel.
Précisément, Debord et moi avions discuté sur ce point, et sur l'oeuvre de Ricardo. Mais cette phrase de Debord, littéralement et "manifestement" fausse prendrait tout son sens si on remplaçait le mot "capitalisme" par les mots qui désigneraient l'idéologie et les structures organisationnelles mono-ethniques, qui se prétendent représentatives de la "communauté" juive mais qui semblent avoir lié leur sort au développement du capitalisme., et qui sont actuellement largement impliquées dans son réarmement moral à l'aide de l'idéologie victimaire qui leur est propre. Cette "substitution", et seule cette substitution, donnerait du sens à cette phrase et à celle qui la précède.
Monsieur Jean-Marie Le Pen, qui, lui, ne se proclame pas révolutionnaire, a été, et selon toute apparence il est toujours, poursuivi devant les tribunaux de la République par des membres d'une section du "B'nai B'rith"(Les fils de l'Alliance...) pour avoir évoqué imprudemment
l'existence d'une "internationale juive"! Le "B'nai B'rith" est, de son propre aveu, une puissante franc-maçonnerie internationale, exclusivement
réservée aux Juifs!
Et maintenant, voici les deux premiers paragraphes des "Commentaires...", que je n'avais pas reproduits dans le n. 5 des "Annales":
Ces "Commentaires" sont assurés d'être promptement connus de cinquante ou soixante personnes; autant dire beaucoup dans les jours que nous vivons, et quand ont traite de questions si graves. Mais aussi c'est parce que j'ai, dans certains milieux, la réputation d'être un connaisseur. Il faut également considérer que, de cette élite qui va s'y intéresser, la moitié, ou un nombre qui s'en approche de très près, est composée de gens qui s'emploient à maintenir le système de domination spectaculaire, et l'autre moitié de gens qui s'obstineront à faire tout le contraire. Ayant ainsi à tenir compte de lecteurs très attentifs et diversement influents, je ne peux évidemment parler en toute liberté. Je dois surtout prendre garde à ne pas instruire n'importe qui.
Le malheur des temps m'obligera donc à écrire, encore une fois, d'une façon nouvelle. Certains éléments seront volontairement omis; et le plan devra rester assez peu clair. On pourra y rencontrer, comme la signature même de l'époque, quelques leurres. A condition d'intercaler çà et là plusieurs autres pages, le sens total peut apparaître: ainsi, bien souvent, des articles secrets ont été ajoutés à ce que des traités stipulaient ou vertement, et de même il arrive que des agents chimiques ne révèlent une part inconnue de leurs propriétés que lorsqu'ils se trouvent associés à d'autres. Il n'y aura d'ailleurs, dans ce bref ouvrage, que trop de choses qui seront, hélas, faciles à comprendre.
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