LE MEILLEUR DU MONDE
Lettres à Philippe Sollers, chroniqueur Mondain,
et à quelques autres.
Christian Bartolucci / Xavier Lucarno

(5/5)

Ces correspondances ont été (re)publiées sur le Debord(el) of ... (Pour la très petite histoire Xavier Lucarno et Christian Bartolucci sont une et une seule personne)

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A Josyane Savigneau pour son article du Monde des livres sur Houellebecq avec les compliments de C. Bartolucci et X. Lucarno (3 septembre 2001)

[Cette lettre a été envoyée à l'intéressée le 3 septembre 2001, suite à son article du Monde des livres du 31 août intitulé, "Houellebecq et l'Occident", sous la forme d'un dépliant format demi-A4, couverture des Éditions Memento Mori et titré SUR MICHEL HOUELLEBECQ MALHEUREUSEMENT PUISQU'IL LE FAUT avec en sous-titre (PUBLICITÉ)]

Madame,

Cela faisait un long temps que nous ne vous avions plus importunée avec nos élucubrations intempestives ; mais comme c'est vous qui êtes montée au créneau pour rédiger l'article "obligé" sur le "phénomène" Houellebecq, nous n'avons pu résister au plaisir de vous relancer. Pour tout dire nous avons pris votre article pour une provocation - mais de toute façon, nous n'avions nul besoin d'être provoqué : le "phénomène" Houellebecq nous horripile suffisamment comme çà.
Pour éviter toute équivoque, il nous faut vous prévenir d'entrée de jeu, que nous ne nous intéressons absolument pas à "l'écrivain" Houellebecq - qui trouve d'ailleurs qu'il écrit bien (C'est vrai: il n'écrit pas trop mal, pas comme cet intarissable pisse-copie de Nabe). Mais il peut écrire ce que bon lui semble: on en a strictement rien à foutre. Nous ne le lisons pas. La seule "chose" que nous ayons parcourue de lui est le petit volume Librio (10 FF [=1.52 euro], c'est pas cher; il n'y a même pas besoin de le voler) où l'on trouve, entre autres: Rester vivant. Et ce SEUL petit texte programmatique (il faut se méfier des textes programmatiques) nous a suffi pour le juger. Rester vivant! Tu parles! Il aurait dû intituler ça: Rester survivant. Mais pourquoi "survivre"? Pour écrire des conneries? Poète? Connard!
Il semble que vous trouviez le "Houellebecq nouveau" on ne peut plus consommable. Ce serait, selon vous, un vrai livre "d'écrivain" - à moins que ce ne soit le livre d'un écrivain "véritable". Michel nous apprend que le Michel du roman ce n'est pas lui, bien sûr. C'est pourtant Michel H. qui a écrit le roman. Flaubert ne disait-il pas : Madame Bovary, c'est moi. Un "écrivain" digne de ce nom se doit de revendiquer TOUS ses personnages puisqu'il en a été le démiurge. Et, si Michel H. avait un tant soit peu de couilles au cul, il dirait : Michel, même si c'est une ordure, c'est moi. Mais c'est trop demander à cet avorton (abandonné par sa maman, le pauvre chou; mais elle avait peut-être eu la vision de ce qu'il allait devenir?). Il préfère faire dans la "provocation"; qu'il fasse tout de même attention ; il arrive que la provocation fonctionne au delà de ce que l'on pouvait en espérer.
Vous nous apprenez dans votre long papier que le "phénomène" s'est acheté une maison en Irlande. Il nous apprend qu'il a une femme et (bientôt) un chien - sera-t-il aussi célèbre que le chat de Céline? on peut en douter. Ce qui prouve bien qu'il ne peut pas être le Michel du roman, n'est-ce pas? Nous avions cru lire quelque part qu'il avait divorcé de sa première femme (mais vous allez nous corriger comme il se doit si devions faire erreur) parce que "l'écriture" est incompatible avec la vie conjugale. "L'écrivain" doit être un solitaire sans attache: un aventurier. Il a donc dû changé d'avis après la "manne" que lui a rapporté ses Particules élémentaires grâce aux habiles manœuvres du Sorin. Du coup, il s'est retrouvé riche. Assez pour se payer cash une bicoque en Irlande, patrie des écrivains s'il en est; il s'est trouvé une nouvelle petite femme; ils songent même à acquérir un chien ; ils vont peut-être faire un enfant, qui sait? ou alors le chien c'est parce qu'ils ne peuvent (veulent) pas en avoir? Mais Michel H. ne nous (vous) dit rien de tout cela qui aurait pourtant été bien intéressant.
Voilà. Vous pouvez continuer à trouver Houellebecq "littérairement" intéressant; pour notre part, nous avons fait notre religion depuis longtemps: Houellebecq n'est qu'un pitoyable connard (et encore nous sommes gentils et châtions notre prose quand nous nous adressons au Monde dont nous n'ignorons pas qu'il se veut LE journal de référence).

Bien à vous

PS: Inutile de publier notre courrier, il se trouve déjà en ligne où vous savez [c-à-d le Debordel of ... à l'époque].

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Lettre ouverte à Christophe Bourseiller

[Cette lettre a été envoyée à l'intéressé par l'intermédiaire de son éditeur. X. L.]

Monsieur,

J´ai lu le nº1 de votre revue : Archives et Documents situationnistes. Je remarquerais, généralement, qu´elle tient moins que ce que ne promet son intitulé. En effet, il ne s´y trouve aucun document d´archive (si l´on excepte les sommaires de Situationist Times, ce qui est de toute façon plutôt mince) ; et en ce qui concerne les documents proprement dit, si l´entretien avec Jacqueline de Jong est bienvenu puisqu´elle a été directement impliquée dans l´«aventure situationniste», celui avec Taguieff — même s´il n´est pas intéressant concerne un personnage plutôt périphérique : c´est l´homme qui a vu l´homme qui a vu l´ours, mais que l´ours n´a pas vu — n´est pas pertinent. Mais, je n´oublie pas que vous n´en êtes qu´au premier numéro.
Ma seconde remarque vous concerne directement. Vous recensez, à juste titre, dans les parutions récentes ayant rapport à l´IS, le livre de Jean-Michel Mension : Le Temps gage, pour finir par renvoyer vos lecteurs au digest paru chez Allia : La Tribu du même auteur. Pourtant, Mension précise bien, à la fin du premier ouvrage cité : «On s´intéressa à moi puisque j´avais connu Debord en chair, en os et en alcool. J´écrivis donc un bouquin sur cette période, La Tribu, condensé manuscrit de onze heures d´interview accordées à Gérard Berréby, que je n´ai pas rédigé moi-même.» C´est donc bien le Temps gage qu´il faut lire si on ne veux pas «rester sur sa faim» et avoir un témoignage de première main.
Voilà pour le négatif. Autrement, je ne peux que vous souhaitez une bonne continuation pour votre revue qui est une entreprise tout à fait honorable et, qui pourrait se révéler utile ; en effet, si la «véritable histoire» de l´IS devait être un jour écrite, elle ne pourrait l´être que sur la base de témoignages rapportés par les protagonistes mêmes de cette histoire ; or, peux ont éprouvé le besoin de s´exprimer sur un sujet qui les pourtant a touché de très près : au nom de quel indicible ? — et de toute façon, il y a prescription. Ainsi, il ne serait pas inintéressant d´obtenir celui de Raoul Vaneigem qui, jusqu´à présent s´est tu sur son passé situ — ou, s´il parle s´est à mots couverts et perfides comme dans son Livre des plaisirs : «Qui a exercé la terreur doit s´y tenir fermement ou s´exposer par faiblesse à voir se tourner contre lui les êtres qui l´ont subi sans broncher quand il les traitait de haut. Quel ridicule dans l´un et l´autre cas ! Quelle tristesse chez le petit homme de la volonté de puissance : ce qu´il supporte le moins dans les autres, c´est lui-même. En lui, le cadavre parle plus fort que le vivant, les muscles durcis de sa mégalomanie ont la rigidité des trépassés. Il s´emploie dès maintenant, avec la force de l´authentique, à ne pas rater sa mort, à prendre la pose pour l´histoire, et il craint si fort les poubelles qu´il s´est inventées comme enfer qu´il passe son temps à y condamner les autres.» (…) «Les remugles du défoulement, de la haine et du mépris se confondent avec la pollution marchande. Les lois d´une société irrespirable dispensent à tous la consolation équitable de ne pouvoir se sentir. Comme il se multiplie le petit homme du reniflement ! Le chien mégalomane dénonce la compromission et fait l´âne radical pour avoir le son de la renommée, la grenouille de bénitier révolutionnaire s´est enflée de tant de bile qu´elle joue le bœuf de la théorie dans le champ-libre des affaires. À respirer par le trou du prestige, on vit de l´air du temps bureaucratique. Nez de la vertu incorruptible, ta gloire est celle des détritus et ta raison dans l´histoire fait le service des boues. Général d´une armée de poubelles, tu n´as pas fini de répandre sur ce que ru touches l´odeur de ce qu´il y a de mort en toi, l´odeur de la marchandise qui hante le cercle de tous les exorcismes artistiques.» (…) «La comédie est permanente où tel vitupère la hiérarchie et traite les femmes en objets, dénonce le spectacle et fait le beau pour quelques chiens, raille la passivité et ne sort jamais de sa coquille névrotique. L´angoisse du caïd de finir en minable prête à la bouffonnerie quotidienne du pouvoir et du contre-pouvoir un répertoire inépuisable de drôleries. Voyez-les, ces pauvres débords de la surproduction marchande, s´imposer de peur de s´en laisser imposer, culpabiliser de crainte d´être pris en faute, terroriser sous peine de trembler. Condamnés au lyrisme de la grandeur et de l´humilité, de la force et de la faiblesse, de la réussite et de l´échec, ils doivent, malgré qu´ils en aient, faire la preuve à tout prix de ce qu´ils sont “vivants”.»
Essayez-donc de ce côté-là ; sur Jorn on connaît l´essentiel.

Bien à vous.

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Au Monde des livres, le 25 octobre 1989
Réponse de Josyane Savigneau, le 30 octobre 1989
A Josyane Savigneau, le 2 novembre 1989
Complément de réponse à Josyane Savigneau (1989, s.d)
A Josyane Savigneau, le 6 septembre 1993
Réponse de Josyane Savigneau, le 13 septembre 1993
A Josyane Savigneau, le 20 septembre 1993
A Josyane Savigneau (octobre 1994)
Réponse de Josyane Savigneau, le 19 novembre 1994
A Josyane Savigneau, novembre - décembre 1994
A Philippe Sollers, le 30 novembre 1994
A la rédaction de L'Infini, le 14 avril 1995
A Philippe Sollers, le 24 juillet 1995
A Philippe Sollers, le 27 février 1996
A Philippe Sollers, le 29 octobre 1996
A Francis Marmande, le 9 juillet 1998 avec en annexe des lettres à Marc-Édouard Nabe (1993) et à Jean-Edern Hallier (2 avril 1996)
A Josyane Savigneau pour son article du Monde des livres sur Houellebecq (3 septembre 2001)
Lettre ouverte à Christophe Bourseiller (novembre 2001)
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